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Cinq albums à parcourir,reflets, paroles de coques, larmes de rouille, ombres, bulbes & étraves.
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Les trois clichés ci dessous sont de F. Denis



Quelques brèves "historiques" et plus récentes.
LA MANCHE A AIR
Je ne suis qu’une manche à air, curieuse de tout, je ne suis plus très jeune mais ma mémoire est bonne.
L’histoire qui suit est la mienne, rare survivante parmi 2732 bateaux tous pareils les LiBerty-Ship
Je suis posée le 6/04/44 à la Nouvelle Orléans au-dessus du poste d’équipage du James W Fannin deux jours après,
un baptême en vitesse et, le troisième jour, les essais à la mer commencent.
L’équipage prend possession du navire :des gamins, le commandant a trente ans.
Une semaine après, nous sommes admis au sein de l’US Navy et rejoignons Boston,
seul, à dix nœuds. A peine arrivé, pose de quatre canons et embarquement des servants.
Nous errons de quai en quai : essais de formations de convois, essais de canons. Bruyant.
Après trois journées de chargement de matériels divers, nous mouillons sur rade parmi d’autres.
Pas le temps de se reposer longtemps, la formation du convoi débute, prend une journée et,
c’est le grand départ vers l’Angleterre sous le N° PQ 54.
Dix jours de traversée : l’Atlantique Nord nous tolère sans broncher.
Certains membres de l’équipage ont peur.
Il faut les comprendre : ils ont vécu des torpillages ou des attaques aériennes.
Malgré tout, je me sentais en sécurité au milieu de cinquante autres navires de commerce identiques
et de l’escorte composée de vingt destroyers, frégates, escorteurs et deux porte avions.
En chiens bergers, ils ne cessent d’évoluer autour du convoi.
Après douze jours et deux alertes, nous sommes en vue de l’Angleterre, le convoi se disperse vers différents ports.
Pour notre part, nous rejoignons Londres, les marins débarquent mais pas les servants des canons.
Une attaque aérienne est toujours possible.
J’écoute sans cesse les bruits pour savoir ce qui se prépare, mais je suis incapable de me faire une idée.
Le deux juin l’équipage est à nouveau au complet. Nous descendons la Tamise, pourquoi nous stoppons ? .
Quoi !! Un ballon au bout d’un câble ! On doit avoir l’air ridicule !
Ce qui me rassure, c’est que tous les dix navires, il y en a un pour parer aux attaques aériennes.
La Manche nous accueille avec une tempête qui, le cinq juin nous oblige à faire demi- tour pour revenir
le six juin devant Utha Beach. Personne ne parle : la peur de l’inconnu. Eh oui ! , je participe à l’opération
Neptune, partie maritime du débarquement Allié en Normandie. Des pertes.
Ma voisine de pont emportée le premier jour par une volée d’obus.
Peu à peu les plages deviennent plus calmes et pendant dix mois,
nous transportons du matériel à l’aller, des prisonniers au retour.
Puis, tout à coup plus rien, un grand silence suivi d’une formidable exclamation. La guerre est finie à l’Ouest.
Bien vite, nous repartons vers les Etats-Unis ou nous arrivons pour apprendre que nous sommes à la retraite :
la guerre dans le Pacifique est finie aussi.
Après quelques mois à l’ancre, des visiteurs arrivent et,
j’apprends que nous sommes donnés à la France avec soixante quatorze autres.
Les canons sont démontés, l’équipage arrive et, je fais l’objet de soins car je suis tordue.
Souvenir de guerre. Le bateau est baptisé St Malo.
Pour le premier voyage, du charbon : quelle poussière !
Arrivés au Havre, ma curiosité fait que je suis la première à savoir que nous appartenons
à la Compagnie Générale Transatlantique. Nous naviguons beaucoup entre la France et les USA.
L’hiver l’Atlantique Nord nous fait souffrir. Puis un jour direction l’Afrique d’où nous ramènerons des grumes
. En cours de route j’apprends par l’équipage que le Grandcamp a explosé à Texas-City.
Six cents morts cinq mille blessés. Trois mois après, l’Océan liberty explose pour les mêmes raisons à Brest ;
Vingt morts, des centaines de blessés. La consternation et la tristesse régnaient à bord.
L’Afrique c’est un mois sur rade, cinquante kroomens regroupent les bois flottés.
Quel spectacle ! surtout les « mouillés » qui doivent sauter d’un arbre à
l’autre pour planter une pigouille qui sert à crocher les troncs pour les charger.
Un jour, nous nous mettons à « voir » la nuit et dans la brume :
le radar dont j’avais tant entendu parler est installé.
Pendant dix huit ans, nous naviguons ainsi jusqu’au jour ou nous sommes désarmés,
je suis démontée pour être remplacée par un « champignon », rangée sous un hangar. « Ça peut toujours servir »
La poussière s’accumule. De temps à autre, je suis déplacée.
Le bâtiment est vendu avec moi. Je vois les chalumeaux arriver, c’est fini.
Non, il est midi : une camionnette s’approche, je suis poussée à l’intérieur et j’arrive chez un antiquaire.
Lavée, nettoyée, séchée, j’attends
. On vient me marchander, pas facile pour une star comme moi, qui ait vu tant de choses, d’être considérée comme décor.
J’arrive dans une librairie ou je suis le clou de la décoration. Une vie tranquille.
Arrive l’été 2000, un nouveau client passe un soir. Il revient fréquemment et un jour, avec des photos d’hélices.
Toujours curieuse malgré mon age, jeme doute qu’avec la libraire il prépare un coup.
En février 2002, le voilà qui débarque avec une remorque chargée d’une pale d’hélice.
Les voisins sont là pour aider à la mise en place. Ils peinent, j’espère qu’ils n’y arrivent pas.
Me voler la vedette ! . Le soir après bien du mal, la porte se referme sur elle, couchée en travers.
Des déménageurs installent cette ferraille. Elle devient une star mais je fini par l’accepter.
Elle est sympa, me respecte :
privilège de l’age et puis je suis certaine que ce « client » finira par ramener quelqu’un d’autre alors …
Moi je suis là, mais n’oubliez pas qu’avec beaucoup d’autres, j’ai participé à la libération de votre pays.
Beaucoup ont disparu. A ma connaissance, nous sommes encore cinq manches de ce type à travers le monde.
Le St Malo a été désarmé une première fois en 1960à Landévennec
.Rendu à l’état un an plus tard, il est repris en gérance par la Transat.Bat pavillon panaméen et grec.
Il s’échoue le vingt-huit novembre 1966 devant Halifax,abandonné il se brise en deux .C’est une perte totale.
EGodillon

L’histoire de
Pale d’hélice à pas variable
Je suis très pudique et,par respect pour le bateau que j’ai poussé (avec mes sœurs) pendant 16 ans,
je ne dévoilerai pas son nom car il a eu une triste fin.
A la suite d’une remotorisation j’ai été installée avec mes sœurs, nous étions quatre en 1983 .
Nos premiers tours ,nous les avons donnés sur lest en mer Baltique.
Le premier voyage était d’aller chercher du charbon en Pologne.
Beaucoup de poussière pendant les opérations commerciales ,l’eau était sale.
Nous avons fait cela pendant trois ans, au retour nous chargions souvent du grain .
En 1986, grand conciliabule à bord nous étions à Gdansk et comme
l’équipage parlait fort, j’ai compris que nous allions en Angleterre.
Premier voyage à l’Ouest quelle expédition ! Pour accéder à
la mer du Nord, nous sommes passés devant Copenhague et après la mer libre
nous accueillait avec un coup de vent .
Une tempête oui ! . Après quatre jours de mer nous sommes arrivés à Félixstowe
ou nous avons chargé du blé pour Varna ( Bulgarie).
Nous étions vendus à un autre pays et nous allons commercer sur le Danube .
Il fallait traverser le golfe de Gascogne qui se montre parfois méchant
mais pour nous, cela s’est bien passé. Le détroit de Gibraltar.L’eau est chaude cela changeait.
Nous avons aperçu la Tunisie, la Sicile,
la Grèce avant d’emprunter le détroit de Bosphore ou nous avons eu une collision
avec un autre bateau.Nous sommes allés changer des tôles à Constanja après avoir vidé les cales.
Pendant 13 ans, nous avons parcouru le Danube et la mer Noire
en transportant toutes sortes de marchandises.
Plus personne ne venait nous voir, l’entretient laissait à désirer .
A nouveau le bateau à été vendu, nous avons changé souvent d’équipage,
et il n’était pas toujours très qualifié.
Un jour de l’an 2000 nous sommes repartis en Angleterre.
Nous sommes arrivés après bien des misères et une sévère tempête dans le golfe de Gascogne.
Au départ de Cardiff, il faisait beau, mais je craignais une autre traversée du Golfe ;
Le moteur vibrait, et le gouvernail se coinçait parfois.
Au beau milieu de la Manche , avarie totale de machine en plein rail !.

J’avais peur qu’un autre bateau nous heurte car ils vont vite et sont parfois gros, très gros.
150 m ,300 et plus , nous ? 96m . Alors c’est vous dire mon angoisse.
Un remorqueur gris est arrivé et nous a tirés à l’abri dans un port à l’Ouest.
Une fois à quai beaucoup de monde à bord
pour visites de sécurité. Interdiction de partir avant réparations, et la liste était longue.
Après quelques jours , l’équipage est sans voix .
J’ai appris qu’il n’était plus payé depuis longtemps et qu’une
fois le bateau en panne, l’armateur avait disparu . Presque plus rien
dans la cambuse , plus d’eau douce ni électricité et il faisait froid.
Spontanément des gens se sont occupés de l’équipage vêtements , nourriture,
de quoi téléphoner à leurs familles.
Plusieurs mois ont passé et un jour l’équipage est parti pour toujours en nous laissant seuls
.La population locale avait payé leur voyage de retour.
Un an après la coque a été vendue à la démolition .
J’avais peur de finir dans un four pour être fondue , recyclée comme on dit
mais non !les quatre sœurs ont étés vendues à un chantier naval
qui allait peut être nous refaire une beauté, nous réinstaller sur un autre arbre
, et nous allions peut être voyager à nouveau . Arrivées au chantier j’ai entendu :
Fichue, fendue, bonne pour la ferraille !
On m’a jetée sur un tas de vieux métaux .
Un jour, j’ai vu un homme me regarder, me toucher, il est venu plusieurs fois .Qu’allait il se passer ?
J’attendais de disparaître pour toujours , fondue .
Un jour de Décembre, ils sont venus à plusieurs, « l’homme » était là.
Ils m’ont mise à l’abri, nettoyée, transportée pour arriver ici à l’Odyssée .
Il y a des gens qui s’intéressent à la Mer vue autrement que des plages,
Quand « l’homme » m’a apportée ici, j’ai entendu :
« qu’est ce qu’elle est belle ! » C’était la première fois que j’entendais la libraire .
On ne m’avait jamais dit ça !!
« L’homme » ; aime la Mer, les bateaux, les hélices… Il m’a offerte à la librairie .
Maintenant je voyage avec les livres.
EGodillon


M.B
Nous ne sommes que des tôles qui assemblées forment un navire.
Un porte conteneurs de 150x18m de mille neuf cent quatre vingt seize.
Dès le départ l’équipage est constitué deRusses et de Philippins qui n’ont eu de cesse de nous entretenir régulièrement.
Trois ans après notre mise à l’eau, nous avons notre premier arrêt technique.
Carénage, révision machine, installation du SMDSM.
Nos rotations Europe, Usa, Canada reprennent parfois avec une variante vers Cuba ou le Mexique.
Après cette brève présentation, nous allons vous compter une mésaventure qui est survenue
il y a quelques mois sans perte humaine ou matérielle.
La tournée du Nord ; Six ports, le Havre, Anvers, Rotterdam, Hambourg, Copenhague, Londres.
Sept jours de mer, de manœuvres incessantes, d’opérations commerciales par une météo exécrable.
A peine la coupée à terre, les agents, les dockers, et, parfois un service de sécurité sont à bord.
Très peu de repos pour l’équipage qui quitte Londres fatigué pour retrouver la Manche et prendre le rail descendant par force8
avec rafales à 9. Ce jour là, une collision à été évitée à deux cents mètres près.
Un Bulker de deux cent cinquante mille tonnes et un porte conteneurs de six mille huit cents boites.
L’Atlantique Nord n’avait pas fait de cadeaux au porte conteneurs qui était resté vingt six heures à la cape
par douze mètres de creux pour ne pas perdre de boites.
Equipage fatigué qui ne change de trajectoire qu’au troisième appel de CROSS.P
our nous, la mer s’était à peine calmée. Le premier jour, force 9, le commandant fait réduire l’allure pour nous soulager.
Les déferlantes et les rafales se succèdent. Le quatrième jour, le vent et la mer forcissent et, à notre tour nous mettons à la cape.
Seize heures. Personne ne peut vraiment dormir ou même se reposer tant le bruit et les mouvements de la mer sont forts.
Le second ne peut saisir les documents relatifs aux conteneurs ( cinq exemplaires par boite) pour les mêmes raisons.
Tant bien que mal nous arrivons à Port Cartier (dans le St Laurent).
Pas de repos pour autant. L’entretien qui n’a pu être réalisé à cause de la météo et, deux cent douze boites
sont déchargées, quatre vingt six chargées. Le tout en neuf heures d’escale. Direction Cuba. Quatre jours de mer, q
uinze heures entre la prise de poste et l’appareillage pour Rotterdam.
Deux jours de calme relatif avant l’Atlantique égal à lui-même.
Six jours de mer par force 7 à9. Là encore pas de vrai repos pour l’équipage.
Puis la remontée du golfe de Gascogne et, le calme. D’un seul coup dans un secteur souvent turbulent et mal pavé ou
beaucoup d’épaves gisent aux approches de la France.Devant l’île de Sein et Ouessant.
Le second capitaine a pris son quart seul. C’est interdit.
C’est pourtant un brave homme qui est conscient de la fatigue générale.
Il laisse l’homme de barre dormir un peu plus.
Les VHF, sondeurs, et alarmes sont coupées ou baissées car il souhaite pouvoir profit
er un peu de ce calme pour rattraper son retard dans les documents relatifs aux conteneurs. (5 par boite).
Nous cheminons à treize nœuds sous pilote avec une dérive de 9° .
Soudain, un grand raclement suivi d’un choc. Nous sommes échoués.
La machine est stoppée par le chef. Le seul banc de sable au milieu de tous ces cailloux nous accueille. U
n hélicoptère nous survole rapidement et le canot de sauvetage de l’île nous aborde
.Comme nous ne répondions plus aux appels et que les radars nous voyaient sortir du rail, l’alerte avait été donnée.
Rapidement, nous essayons de nous déséchouer par nos propres moyens.
Sans succès Il faut attendre la marée montante.
Nous avons un ballast avant crevé sur huit mètres et une pale d’hélice tordue pour tout dégat.
Nous avons une double coque renforcée car initialement nous devions naviguer dans les glaces d’où le peu de dégâts.
En venant passer la remorque, l’Abeille Flandre à talonné bien qu’ils aient embarqué le patron du canot de sauvetage local.
Quelques heures après, par belle mer nous sommes remorqués à Brest tandis que se déchaîne la tempête médiatique.
A peine à quai, le défilé commence.
Visite de sécurité, saisie des documents, tout est fouillé, même les cabines.
Aucune pudeur ces gens là. Le capitaine d’armement et un expert français viennent aussi.
Ils ne parlent pas beaucoup, regardent, posent quelques questions. Eux deux s’écartent des micros et caméras.
Pendant ce temps, d’autres parlent.
Ils savent eux, sont experts, n’ont rien demandé à l’équipage mais ils parlent, font de l’audience.
Notre second est convoqué devant un tribunal entouré de policiers comme un voleur de poules.
Il va être jugé par de terriens qui ne connaissent que le « règlement »et qui ne voient la mer que de la plage
ou d’un bateau de plaisance. Que savent-ils réellement ces juges ?
Ont ils compris ? peuvent-ils comprendre que les conditions de mer rencontrées peuvent fatiguer.
Notre capitaine d’armement et l’expert français parlent enfin ! .
Que se passe-il ? .Non ! Ils ne sont pas d ‘accord avec les conclusions des autres.
Ils ont lu, posé des questions, et disent OH scandale ! . Il y a faute oui !
Mais argumentent que les conditions de mer « Dantesques »
les embarquements de huit mois pour certains membres de l’équipage. I
ls sont coupés, pas écoutés ou même entendus. Les médias avaient dit et jugé. Pollution !!
Oui quelques irisations. Mise en danger d’autrui.
J’ai l’impression que notre second se retrouve dans la même situation
que le commandant d’un pétrolier qui s’est cassé en deux en1999et qui avait eu moins de chance ;
La juge l’avait incarcéré juste après son naufrage.
Nous savons ce qu’est la fatigue .
Les terriens eux quand ils ont terminé leur travail rentrent dans une maison
qui ne bouge pas, qui ne fait pas de bruit. Le vendredi soir pour beaucoup d’entre eux la semaine est finie.
L’armement garde le second capitaine à son poste car c’est un bon officier.
Moi, navire assemblage de tôles, j’ai été réparé en Allemagne
. On m’a interdit d’y aller par mes propres moyens alors que le ballast est colmaté.
Pourquoi ? Il y en a tant d’autres qui auraient besoin d’une remorque qu’ils n’auront jamais et disparaissent.
Font leur trou dans l’eau. Les médias qui « savent » ne sont pas toujours là.
En 1995 à cent cinquante miles de Brest, vingt cinq morts.
Inquiet de ne pas voir arriver le bateau à New York l’agent à donné l’alerte et
c’est par hasard que un an après un chasseur de mines a trouvé l’épave.
Il est vraisemblable que dans la tempête la cargaison de bobines a ripé et fait chavirer la navire.
Quelques lignes dans la presse professionnelle.
Vous êtes tous émus scandalisés par la vue souillée de vos cotes et de quelques oiseaux mazoutés. Vous avez raison.
N’oubliez pas pour autant que tous les marins du monde font un métier difficile, exigeant,
que sans eux votre société de consommation serait en panne car actuellement 85% des marchandises
transportées dans le monde le sont par la mer.
EG

Encore !!
du pétrole,des plages souillées de la Galice au Cotentin, des pécheurs ,des riverains pleurent
.Déjà vu il y a peu, longtemps aussi .Pourquoi ?.
Les pourquoi résonnent, « plus jamais ça » fuse encore, les déclarations des politiques se succèdent,
leurs survols et visites aussi ,même si cela gêne les « ramasseurs », communication oblige.
Tout avait commencé au mois d’Octobre .
Moi « vieux pétrolier » j’étais au chargement à Tallin(Estonie) 78 000 tonnes de brut n° 2 appelé par certains déchet .
Le second capitaine lors d’un passage sur le pont à remarqué des cloques de rouille au niveau de la citerne n6 à tribord .
Le livre de bord fait mention des observations faites sur le pont ,
mais les opérations commerciales étant achevées, l’appareillage n’attends pas
. Pilote à bord les manœuvres et la sortie du port terminées ils quitte la passerelle,
six étages sans ascenseur ,se dirige vers la coupée précédé par un lieutenant ,
il n’a pas la possibilité d’observer le pont ,la nuit est noire, le temps bouché sous les rafales de neige
.La pilotine est contre la coque « thank-you bye » et c’est terminé ; je vogue vers mon tragique destin.
La descente de la baltique se déroule sans problèmes, et, à l’entrée de la mer du Nord
un vent de quarante nœuds NW nous accueille .Une fois dans le rail descendant devant Calais
nous ballastons pour rétablir l’assiette et le voyage continue vers Gibraltar, et Brindisi notre destination finale.
Tout cela à faible allure, pour me soulager, la mer est forte.
Devant Cherbourg nous apercevons l’Abeille Languedoc qui capeye le long du rail ils ne sont pas à la fête non plus.
A l’entrée du golfe de Gascogne le vent forcit et passe à cinquante nœuds
soixante sous les rafales toujours au NW ce qui me fait souffrir , les vagues et déferlantes par le travers .
Une fois encore le golfe est fidèle à sa réputation :
Dantesque. Un nouveau transfert de cargaison, deux mille tonnes passent de la cuve cinq tribord vers
les une et trois centrales .Sous la lumière blafarde des projecteurs de pont une tâche apparaît, anormale .Il fait nuit ,l
’officier de quart ne peut pousser plus loin ses investigations ,la mer trop forte n’autorise pas d’inspection directement sur le pont .
Il signale cette tâche au moment de la relève, mais les conditions n’ont pas changé.
Le second ne « sent » pas son navire ,il a l’habitude et de l’expérience ,changement de cap pour soulager la structure .
En effet, je suis un vieux comme je le disais plus haut vingt cinq ans ,
construit au Japon ,j’ai connu plusieurs armateurs plus ou moins soigneux .
Quand les taux de fret sont élevés pas le temps de s’arréter pour une visite technique, à la baisse, il faut tourner au maximum pour rentabiliser .L’équipage, officiers Grecs et personnel d’exécution Philippin m’aime bien je suis confortable.
Bien que la structure soit soulagée, mon comportement n’est toujours pas normal a nouveau
un transfert de cargaison s’impose pour équilibrer et là stupeur !.sur les écrans à la salle de pompage la cuve n° cinq
déjà allégée est pleine .Changement de cap ; en fuite, les projecteurs sont rallumés et une équipe conduite par le second
inspecte le pont et comprend tout de suite, une fissure court le long des cuves cinq et six sur trente mètres .
Le commandant réveillé, lance un message d’alerte.
Nos sommes au large de la Corogne et faisons route pour nous mettre sous le vent du cap Finisterre.
Le jour se lève, blafard, la mer, le vent ne faiblissent pas ,je perds du fuel au niveau de la fissure l’eau
s’y engouffre. Un avion, puis deux me survolent, les VHF crachent leurs mots, les fax vomissent du papier noirci
.Interdiction formelle de s’approcher de l’Espagne pour évaluer les réparations ou même m’alléger
en transférant le chargement dans un autre confrère .
La France refuse tout aussi catégoriquement mais propose une assistance technique ??.
Nouveau changement de cap pour obéir aux injonctions, les vagues reviennent à l’assaut impitoyables .
Que faire de plus ? Les officiers se réunissent ,en dehors de cette fissure tout fonctionne , propulsion ,appareil à gouverner .
Le commandant prévient l’Espagne ,il fait route pour alléger et réparer avec autorisation de son armateur.
Silence sur les ondes .Dans quelques heures je serai à l’abri.
Une autre tempête se lève , très dangereuse .Des mots,
un ouragan de mots assassins tous plus incisifs les uns que les autres sans répit .
L’INFORMATION.Ces flèches empoisonnées font mouche au près du public.
Les « experts »les professionnels du caquetage savent, il fallait, il faut, la politique et ses représentants s’y mettent, i
ls savent eux aussi. Des voyous, bandits… me visent implicitement
.Dans un journal télévisé ceux qui savent font même passer un roulier et un porte-conteneurs pour un pétrolier
mais l’audience est là !.
Pendant ce temps à allure réduite, j’avance vers ce que je pense ètre un havre.
Sur l’horizon un bateau gris se dessine, ordre de stopper !? .Des remorqueurs vont m’assister .
En effet quelques heures après ils se présentent pendant qu’un groupe de commandos passe les remorques d’autorité et direction le large !!.
Le commandant proteste, rien n’y fait, la mer qui m’a porté toutes ces années va m’achever sur ordre des terriens
.Direction le Maroc, à bord personne ne comprend cette décision prise en dépit du bon sens
.Une journée, deux , trois passent au milieu des deux tempêtes qui semblent se conjuguer contre moi.
Mais c’est en direct sous les commentaires de ceux qui savent et qui parlent sans connaître.
Je craque de partout, je ne veux pas couler, la machine réponds toujours et avec les remorqueurs
,je suis sur de rallier un abri et vider les cuves. Les terriens auront-ils un peu de bon sens ?.
Des voix se font entendre faiblement au milieu du tintamarre médiatique .
Des inconnus osent prétendre qu’il est possible de me sauver .Mais non je suis écarté des côtes cap au sud ,
la fuite n’est pas colmatée et ne le sera pas en mer .Me raidir de toutes mes forces, mais nous sommes au cinquième jour
d’errance et la force décline peu à peu.
A l’aube du sixième jour ,je sens la fin proche il me manque quarante mètres de bordé ,
les cuves déversent leur contenu qui ira quand même salir les précieuses plages .
Je ne veux pas mourir comme ça loin de tout, mais ,les goussets et les raidisseurs lâchent un a un .Je plie.
Les remorqueurs partent .Un hélicoptère arrive treuille l’équipage ,certains pleurent .
Un dernier regard du commandant et de ceux qui sont contre un hublot , émus .
Je casse en deux et coule par trois mille cinq cents mètres de fond.
Arrivé à terre, le commandant est jeté en prison comme un criminel.
Tout Comme son collègue d'infortune un peu plus tôt en France
E.Godillon
