Montréal, le 19 mai 2010
Monsieur le Ministre Yves Bolduc Ministère de la Santé et des Services Sociaux Édifice Catherine-de-Longpré 1075, chemin Ste-Foy, 15e étage Québec (Québec) GIS 2M1
Objet : Ressources et programmes pour les personnes atteintes des troubles de l’alimentation
Monsieur le Ministre,
À l’automne dernier, le Québec s’est doté de la Charte québécoise pour une image saine et diversifiée, concrétisant le travail de sensibilisation commencé par Léa Clermont-Dion et Jacinthe Veillette concernant la valorisation de la maigreur extrême dans les médias.
Il s’agit d’une initiative assurément louable dans notre société bombardée par les images, où l’importance de l’apparence physique est plus que jamais renforcée. En effet, de nombreuses Québécoises et un nombre croissant de Québécois sont de plus en plus préoccupés par leur enveloppe corporelle.
À une époque où la quête de la beauté stéréotypée est valorisée, de plus en plus de gens peuvent mettre leur santé en jeu avec les divers moyens offerts par la science pour correspondre à cet idéal. Ainsi, un bon nombre de personnes entreprennent des démarches dangereuses pour modifier leur apparence physique.
À ce propos, il y a certainement de nombreuses Québécoises et de nombreux Québécois qui restreignent leur alimentation pour correspondre à un idéal plastique. Les médias parlent de cette problématique qu’ils associent souvent aux magazines de mode ou à l’industrie cinématographique. Or, pour certaines personnes, cette obsession pour l’image peut favoriser le déclenchement de troubles alimentaires beaucoup plus graves et mêmes potentiellement mortels.
Or, pendant longtemps, l’État s’est particulièrement attardé aux problèmes que des personnes obèses avaient avec la nourriture. Naturellement, le surpoids et le manque d’exercice physique peuvent entraîner des complications importantes pour la santé des gens. Mais il y a aussi des individus qui peuvent avoir des problèmes avec de la nourriture autrement.
L’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie sont de graves désordres qui méritent une attention particulière. Ce ne sont pas des maux cachant une «coquetterie de jeune fille», mais les maladies mentales les plus meurtrières. Les personnes qui en sont atteintes ne veulent généralement pas paraître, mais disparaître. Malheureusement, de plus en plus de gens en souffrent et en meurent.
Ce n’est pas un phénomène de mode, mais des maladies qui sont connues depuis longtemps. Comme toutes les maladies, plus elles sont traitées tôt, plus le pronostic de guérison est favorable à long terme.
Longtemps reconnus comme étant des problèmes de l’adolescence, des programmes ou structures existent au Québec pour les mineurs souffrant de troubles du comportement alimentaire et proposent des soins avec un délai d’attente satisfaisant. Hélas, pour les personnes majeures, la situation est différente. Le délai d’attente est choquant, voire carrément inacceptable. Les ressources manquent cruellement.
Ce qui m’atteint particulièrement dans cette situation, c’est que cela concerne des personnes vulnérables, très malades, qui ne peuvent pas vraiment faire entendre leur voix. Mêmes les psychiatres ont dénoncé la situation.
Je comprends que le Québec ait un grand défi à relever concernant le budget à accorder à la santé. Mais on a l’impression que les personnes atteintes des différentes maladies mentales sont les premières laissées pour compte par l’État. C’est comme si on les considérait comme étant incurables et indésirables.
Je conçois que les maladies mentales fassent peur et effraient beaucoup de gens. Elles sont souvent mal connues et incomprises. Malheureusement, de plus en plus d’individus risquent d’être concernés par un problème de cette nature. Personne ne peut se considérer à l’abri. En ce qui concerne les troubles du comportement alimentaires, il est essentiel qu’il y ait des ressources médicales et des services psychologiques et psychiatriques pour accompagner les gens qui en souffrent.
D’autre part, je considère qu’un organisme comme l’ANEB apporte un bon soutien avec ses groupes de discussion, sa ligne téléphonique et ses ateliers. Avec l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie, j’estime que la compassion et l’empathie sont cruciales d’autant plus que le déni de la maladie, par les personnes qui en sont atteintes, est très présent à son début. Par conséquent, on devrait sans contredit encourager des organismes comme l’ANEB.
Aussi, je souligne que ce sont souvent les médecins généralistes qui sont les premiers à rencontrer les victimes de ces troubles. Hélas, les médecins généralistes sont souvent pris au dépourvu face à ces maladies complexes et ne réagissent pas toujours de manière à encourager un suivi médical indispensable. Il pourrait être pertinent que les médecins, et les futurs médecins généralistes, reçoivent une formation incluant des notions pertinentes concernant les troubles de l’alimentation. Cela me semble particulièrement important pour les médecins généralistes des régions les plus éloignées du Québec.
On dit souvent que les écrivains sont les porte-parole d’une société. Je trouve inquiétant que deux écrivaines québécoises, Nelly Arcan et Olivia Tapiero, traitent dans leur œuvre du suicide de jeunes femmes obsédées par leur enveloppe corporelle. Le Québec serait-il insensible face à cette détresse? On pourrait le croire, en constatant son taux de suicide anormalement élevé.
En conclusion, je vous rappelle que toutes les Québécoises et tous les Québécois ont le droit de recevoir les soins de santé que requiert leur état. Je me permets également de souligner que les personnes atteintes de troubles alimentaires ont le même poids que les autres dans notre État de droit.
Je vous remercie de votre attention et je vous prie, Monsieur le Ministre, de bien vouloir agréer l’expression de ma haute considération.
Stéphanie Tessier
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